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Lettre d'information

Coopération décentralisée dans le domaine de l’eau de de l’assainissement

L’eau, bien commun vital et irremplaçable, est un patrimoine mondial qu’il convient de gérer de manière solidaire et durable. Dotée de la compétence « eau potable et assainissement » pour les seize communes qui la composent, Reims Métropole s’implique dans le cadre de la loi Oudin-Santini pour contribuer à l’amélioration des conditions de vie de 16 communes du Burkina Faso. Les divers dispositifs de soutien mis en oeuvre par Reims Métropole et l’Agence de l’Eau Seine Normandie ont pour ambition d’impacter durablement le territoire visé en matière de fourniture d’eau potable et de renforcer au niveau national burkinabé les capacités de gestion des services locaux de l’eau. Une commune urbaine – Zorgho – est retenue désormais pour une approche élargie en matière de partenariats. Fin 2012, des échanges concrets entre techniciens du nord et du sud se mettent en place entre Reims Métropole, Zorgho et l’ONEA.

Intérêt de la démarche et avenir de la coopération décentralisée nouvelle génération…

1 - Le contexte burkinabé :

Malgré un taux de croissance moyen de plus de 5,5 % par an sur la période 2000 à 2012, le Burkina Faso est un des pays les plus pauvres de la planète (classé au 183ème rand de l’IDH sur 186 pays) et notamment l’accès à l’eau, la santé et l’éducation restent insuffisants :

  • population ayant accès à l’eau potable : 58 % (80 % en milieu urbain et 52 % en milieu rural en 2011)[1]
  • population ayant un dispositif d’assainissement amélioré : 13 % (en 20011) ;
  • mortalité infantile : 14 % (2011)[2], ;
  • alphabétisation + 15 ans : 29 % (en 2011)[3].

En 2011, 454 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté estimé à 1,25 U$ par jour..

Son économie est centrée sur l’exploitation minière (en particulier l’or), l’élevage et le secteur agricole. Ce dernier subit les aléas d’un climat sahélien (pluviométrie souvent insuffisante ou mal répartie pouvant provoquer de graves inondations) ; de ce fait, le pays est régulièrement confronté à des périodes de pénuries alimentaires.

Le gouvernement Burkinabè a adopté en décembre 2010 la stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD) pour 2011 – 2015 ; l’objectif est d’accélérer le développement du pays dans le respect de l’environnement et des principes du développement durable.

Les acteurs de l’eau au Burkina Faso :

  • L’Etat :
  • L’Etat burkinabé vient de créer un ministère de l’Eau, des aménagements hydrauliques et de l’assainissement. Ce ministère est doté de directions spécialisées :
  • DGRE – Direction générale des ressources en eau
  •  DGAEUE – Direction générale de l’assainissement des eaux usées et excréta

Ses services sont déconcentrés au niveau des 13 régions et des 45 provinces du pays.

  •  Des agences de l’eau par bassin : Niger, Nakambé, Mouhoun, Comoé
  • Les communes qui depuis 2004 doivent assurer la maîtrise d’ouvrage en matière d’eau et d’assainissement.
  • Des opérateurs :
  • Des délégataires privés : exploitent les ouvrages et les réseaux, principalement dans les communes rurales
  • L’ONEA, société d’Etat qui est concessionnaire du service de l’eau potable dans les 49 plus grandes communes urbaines du pays, et fermier dans 8 autres communes urbaines
  • Les usagers :

Organisés en association d’usagers de l’eau, ils ont pour responsabilité la gestion déléguée des pompes à motricité humaine, principalement dans les zones rurales

  • Les partenaires techniques et financiers

Coopérations bi et multilatérales et ONG sont très actives dans le domaine de l’eau et de l’assainissement au Burkina Faso.

 

Via notre partenariat avec l’AESN, nous souhaitons structurer les actions durables en matière d’eau au Burkina Faso et les valoriser dans les échanges entre pays africains (effet papillon…)

  • En respectant les stratégies et des plans d’actions déjà structurés au Burkina :
  • PAGIRE : Plan d’Actions et de Gestion Intégrée des Ressources en Eau
  • PN-AEPA : Programme National d’Approvisionnement en Eau Potable et d’Assainissement à l’horizon 2015
  • En s’appuyant sur le partenariat ouest et centre africain de l’eau regroupant Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Mali, Niger, Sénégal, Togo, qui se réunit déjà 3-4 fois par an, pour partager et valoriser les expériences, dans le contexte africain.

 2 - Présentation du projet Zorgho-Reims 

 Origine :

La loi n° 2005-95 du 9 février 2005, dite « Loi OUDIN-SANTINI », relative à la coopération internationale des collectivités territoriales dans les domaines de l’alimentation en eau et de l’assainissement, permet aux collectivités, en charge des services publics de l’eau et de l’assainissement, d’affecter jusqu’à 1% de leur budget aux opérations de coopération décentralisée dans ces domaines.

La Direction de l’Eau et de l’Assainissement de Reims Métropole s’est donc engagée dans la coopération décentralisée avec le Burkina Faso depuis 2007.

Au fils des échanges, une relation privilégiée et un climat de confiance se sont développés entre RM, la Commune de Zorgho[4] et l’ONEA. Les élus ont souhaités développer une coopération plus innovante dans le cadre d’un projet spécifique de coopération Zorgho-Reims.

 

Contexte :

RM a reçu une délégation d’élus et techniciens burkinabé début juillet 2012. A cette occasion, une table ronde a été organisée avec les services. De nombreuses personnes ont pris le temps d’échanger avec nos visiteurs et d’assister à cette table ronde.

A l’issue de cette semaine, les problématiques suivantes ont été identifiées :

Pour Zorgho :

  • Maîtrise de la quantité d’eau :
  • Des pluies non maîtrisées : violentes, elles ruissellent sans bénéfice durable local ;
  • Des fuites à maîtriser sur les réseaux d’eau, notamment dans le domaine privé
  • Gestion des latrines :
  • Extraction et traitement des boues seraient à mettre en œuvre : actuellement une latrine pleine est fermée pour en ouvrir une autre à côté…

Pour l’ONEA :

  • Maîtrise de la qualité de l’eau :
  • des pollutions notamment au cyanure, au mercure et à l’arsenic (notamment liées à l’extraction de l’or…)
  • le maraîchage en bord de retenue d’eau entraine l’accumulation de nitrates et de produits de traitement
  • analyses d’eau et préservation des échantillons (microbiologie…)
  • Maîtrise de la quantité d’eau :
  • Peu de ressources disponibles, principalement des eaux de surface retenues pendant la saison des pluies (env 3 à 4 mois)
  • Amélioration de la métrologie : compteurs production
  • Des fuites à maîtriser sur les réseaux
  • Assainissement :
  • Gestion lagunage à améliorer

 

Des échanges renforcés ont été souhaités par nos visiteurs sur les thèmes suivants :

  • Supervision et automatisme
  • Protection de la ressource en eau
  • Analyse de l’eau, en particulier analyses microbiologiques
  • Recherche de fuites, maintenance des réseaux (et équipements) d’eau potable, suivi des travaux sur les réseaux
  • Métrologie et notamment comptage de l’eau
  • Développement de la maîtrise d’ouvrage et suivi d’un délégataire
  • Gestion des eaux pluviales
  • Gestion de la clientèle

 

L’AESN soutient ces projets et souhaite coordonner des actions dans le respect du grand cycle de l’eau.

Tout l’enjeu de cette nouvelle coopération sera de mettre en œuvre un plan d’actions concertées, visant l’amélioration de la gestion de l’eau sur l’ensemble de son cycle, de manière pérenne et économiquement acceptable.

La coopération décentralisée Zorgho-Reims devient un projet managérial novateur…

Pour répondre aux problématiques techniques de la commune de Zorgho et de l’ONEA, les élus ont souhaité mettre en place des échanges particulièrement novateurs : entre techniciens tant au niveau de Zorgho (services de la commune et services locaux de l’ONEA) qu’au niveau national (services de l’ONEA) Ce double niveau d’implication permet de travailler sur l’ensemble des compétences et métiers du service public local de l’eau et de pouvoir avoir tant un impact local à Zorgho qu’un impact national à travers les services de l’ONEA.

Par le biais de missions bilatérales et d’échanges dématérialisés, les techniciens du nord et du sud partagent leurs pratiques de terrain.

Dans cette démarche d’échanges et de partage des savoirs, le technicien prend du recul sur son quotidien, il peut ensuite y revenir avec un nouveau regard - plus critique.

La coopération décentralisée devient ainsi un projet managérial novateur, une ouverture pour le développement personnel et la dynamique d’amélioration de notre organisation et de nos procédés.

L’ « ouverture » contient l’idée de dialogue (dialogue interne, dialogue externe, dialogue national et international) qui permet de décloisonner, elle comprend aussi l’idée de vision, se donner un horizon commun pour agir et avancer vers cet objectif, et pas uniquement suivant des règles.

Dès le lancement du projet, le principe de réciprocité était établi. Les missions sont donc régulièrement organisées suivant un tuillage de compétences et d’objectifs, et une alternance Nord-Sud et Sud-Nord.

Il apparaît aussi essentiel que les techniciens du nord et du sud visualisent les conditions de travail, l’environnement et les contraintes à travers des missions sur place, afin de se comprendre et se projeter au mieux dans le projet en tenant compte des conditions locales d’application.

Outre les échanges techniques, ce projet revêt une dimension humaine très importante. L’expérience est enrichissante et motivante. Un bel antidote à la morosité ambiante actuelle !...

Le projet a démarré en septembre 2012.

Ce projet bénéficie d’une aide financière du Ministère des Affaires Etrangères pour les actions concernant l’aménagement du territoire, l’environnement, la culture, la jeunesse et la francophonie...

L’exposition "Altérité" :

Le projet a permis la réalisation d’une exposition intitulées "Altérités : Nord-Sud, si loin, si proche ... Burkina Faso - France".

Cette exposition est née de la coopération décentralisée et des liens qui se sont développés entre le Ganzourgou (Burkina Faso) et Reims Métropole, au fil des échanges. A chaque nouvelle mission, les coopérants du nord comme du sud prennent des photos pour partager ce qu’ils ont vu et ressenti au cours de cette expérience unique. Ainsi, l’exposition met en parallèle des visuels de notre environnement et de notre quotidien au nord, comme au sud.

Les titres et phrases d’accroche (souvent issues de la sagesse africaine) visent à mettre en évidence ce qui nous rapproche et nous différencie, mais aussi les intérêts bilatéraux que nous avons à échanger sur nos expériences et à croiser nos regards. Car, nous sommes finalement dépendants les uns des autres et nous partageons les mêmes enjeux d’avenir.

Cette exposition réalisée en plusieurs exemplaires, est disponible à Reims Métropole, Tinqueux, Boudry et Zorgho et peut être utilisée comme support d’animation dans les écoles.


[1]Annuaire statistique 2011 de l’eau potable et de l’assainissement des eaux usées et excréta, Ministère de l’Agriculture et de l’Hydraulique, novembre 2012

[4]Zorgho est une commune urbaine, capitale de la province du Ganzourgou, dont la population est d’un peu plus de 50 000 habitants, répartis de manière égale entre un centre urbain et 33 villages.